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Mes Histoires d'Ecriture

Vendredi 20 avril 2007
J’ai vécu maritime
Au-delà de la rime
Provoquant au dehors
De la place à bâbord
 
La grandeur en mirage
J’apprivoisais mes maux
Ton ombre imaginaire
Glissait au fil de l’eau
 
Moi, créature aptère
Sans mes ailes à remuer
J’ai rencontré très chère
Ce qui m’avait manqué.
par Amélie Gaumy publié dans : Créatures égocentriques
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Vendredi 20 avril 2007
La ville, ma lumière.
 
Cet endroit, ce renfort
Se pose en réconfort.
 
La ville, ma lumière.
 
Ce sont des bruits qui hantent
Des réverbères qui chantent
Les cris annoncent au loin
De meilleurs lendemains.
 
Ma ville, ma lumière.
                       
En ce jour il fait nuit
L’annonce du départ
Se fait preuve à l’appui
C’est le mystère d’un soir.
 
Une ville, sans lumière
 
Ses habitants me hantent
Ses immeubles m’enchantent
Celui mort en son sein
Ne verra pas demain.
 
Une ville, sa lumière.
 
Près d’un banc, sous la pluie
Ces deux amants s’enlacent
Pendant que leur mari
Dans leur bain se prélassent.
 
Ma ville, ma lumière
 
N’est pas soumise aux lois
Se joue de la tristesse
Ignore ce qu’est la joie
Car telle est sa noblesse.
 
par Amélie Gaumy publié dans : Créatures égocentriques
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Vendredi 20 avril 2007
          Un trou sans fin, sans fond. Il me semble que c’était hier. La liberté, qu’est ce que c’est ? Peut-être l’illusion de croire qu’on appartient à personne, qu’on est maître de nos actes. Si seulement la Vérité pouvait nous éblouir ! J’accepterais d’être aveugle pourvu que je ne sois pas dupe. J’ai le temps de réfléchir ici. Je me pose beaucoup de questions. Tout me semble clair à présent, je sais pourquoi je suis là. J’étais jeune à l’époque, je pensais que le monde m’appartenait…comme tous les jeunes de vingt ans. On a les idées bien arrêtées, on a des rêves…Mes rêves…Je préfère ne plus y penser. Pardonnez-moi, avec tout cela, je ne me suis pas présenté. Auguste Panel. Suis-je bête, vous me connaissez déjà, avec cette histoire qui a été si médiatisée. Non, je ne l’ai pas souhaitée mais les journalistes…On m’a demandé de raconter ma version des faits, je m’y plierais donc. De toute manière je n’ai pas le choix. On parlait d’illusion tout à l’heure ? Etrange…
 
          Auguste était quelqu’un d’ambitieux. C’était un artiste. Il suffisait de voir sa démarche légère et superficielle, son regard souvent égaré. C’était avec son esprit qu’il se déplaçait. Il justifiait ses lacunes intellectuelles par la citation d’Albert Einstein : « L’imagination est plus importante que le savoir ». Il avait l’art et la manière de ne porter aucune importance aux choses matérielles. Il tenait cette doctrine de son père, Charles Panel, professeur de philosophie à la retraite, pour qui l’objet n’était là que pour perturber la symbiose entre l’homme et son esprit.
          Une relation particulière liait les deux hommes. Charles était un éternel insatisfait lorsqu’il s’agissait de son fils. Il fallait le surprendre. Mais comment étonner cet homme qui, à force d’attentes toujours plus exigeantes, en avait oublié les liens qui devaient unir un père à son fils ? Auguste avait souffert de cette situation lorsqu’il avait une quinzaine d’années. Il cherchait, par tous les moyens, la fierté dans le regard de son maître. A vingt-trois ans, il en était revenu. Il préféra mettre de côté cette histoire et décida de se consacrer corps et âme à la sculpture. Auguste, en l’honneur d’Auguste Rodin. La référence de Charles qui était devenue la sienne. Une des rares choses qu’ils avaient su partager.
          Auguste avait entamé des études aux Beaux Arts, c’était un élève brillant. Pas assez. Saisit par l’envie d’ouvrir un jour sa propre galerie d’art et de vivre de sa passion, il arrêta ses études et se trouva un petit travail d’appoint, au sud de Paris. Avec l’argent qu’il gagnait tous les mois, il se loua une pièce habitable. C’était « son atelier », la seule véritable chose pour laquelle il vivait. Il en profita pour quitter le domicile de son père. Ce dernier n’hésita pas à lui faire remarquer la folie de son acte.
-         Et maintenant, que vas-tu faire ? Tu n’as rien entre les mains ! Dans un an tu aurais eu ton diplôme, il a fallu que tu n’en fasses qu’à ta tête !
-         J’ai d’autres ambitions, papa.
-         Livreur ! Tu parles d’une ambition !
-         Je vis pour sculpter. C’est ça mon métier ! Je souhaite ouvrir une galerie par la suite !
-         Pour le moment, ce n’est pas ça qui te fera manger ! Tu t’es précipité ! Tu avais un beau parcours tout tracé devant toi et pour je ne sais quelle raison tu as préféré changer de route ! Tu ouvres les bras à quelque chose qui te dépasse mon garçon !
-         Ecoute Papa, on ne va pas remettre ça. Je suis loin d’être le fils parfait que tu as toujours voulu avoir. Je ne suis pas un intellectuel, je ne suis qu’un petit sculpteur dans toute son humilité.
-         Tu n’y es pas du tout! Un fils parfait ! Pourquoi faire ? Je veux seulement ce qu’il y a de meilleur pour toi ! Tu m’aurais écouté, tu n’en serais pas là aujourd’hui.
-         Tu te réfugie derrière les grandes écoles, les beaux discours sur mon bien-être, tout ça pour camoufler la faille qu’il y a entre toi et moi. Pourquoi faut-il toujours que nos discussions tournent en dispute ? Tu ne sais me faire que des reproches.
-         Tu ne comprends rien à ce que je te raconte. Tu ne sais rien faire de bien, idiot ! Tu n’es qu’un idiot ! Qu’a t-on fait ta mère et moi pour avoir un fils pareil. Paix à son âme, la pauvre, elle doit se retourner dans sa tombe à l’heure qu’il est !
Auguste s’en alla. Il se réfugia dans son atelier et considéra le bloc de pierre blanche qu’il avait fait livrer la veille. « Je me sens davantage compris par de la pierre que par mon père. Il est hanté par la colère dès qu’il me voit ». Auguste commença à sculpter sa matrice blanche. Il y passa beaucoup de nuits sans dormir, retravaillant son idée encore et encore. Une sensation de rejet mêlée à un sentiment d’amour refoulé se ressentaient dans son oeuvre. Cela se confirma lorsqu’il laissa échapper malgré lui, une larme qu’il essuya aussitôt. Il exposa sa sculpture avec celles qu’il avait déjà terminé. Ces nuits qu’il avait passé à sculpter, il les avait également passé à réfléchir, sur sa vie, sur son père. Il avait finalement pris une décision.
          Il déposa la pierre blanche taillée dans un colis. Il prit soin au préalable de l’envelopper soigneusement dans du papier à bulles, de sorte à ce qu’elle subisse le moins de chocs possibles. Il écrivit l’adresse de son père sur le carton, puis le déposa au bureau de poste.
Il n’eut pas de nouvelle et ne tira aucune conclusion… Peut-être un brin de satisfaction qui s’accordait avec son impression d’avoir gagné une bataille. Le dernier mot… Son ego pouvait être flatté.
 
Trois jours plus tard, le téléphone sonna.
 
-         M.Auguste Panel ?
-         Lui-même.
-         Je suis le commissaire Loïc Cerbère. J’ai le regret de vous apprendre la mort de votre père.
-         Pardon ?
-         Monsieur, votre père est décédé pendant la nuit.
-         Mais de quoi est-il mort ? Il était en pleine santé !
-         C’est justement de ça que j’aimerais vous parler.
-         Vous êtes chez lui en ce moment ?
-         Oui.
-         J’arrive immédiatement.
Il arriva dix minutes plus tard dans la maison de son père. Il n’eut pas le courage de scruter des yeux les alentours, de peur de voir quelque chose qui aurait pu le traumatiser pour le reste de sa vie. Le commissaire vint à sa rencontre et lui demanda de le suivre au commissariat. Ils s’assirent à une table et commencèrent à discuter.
-         Je vous écoute, commissaire.
-         Tout d’abord, pardonnez ma brutalité face à de tels évènements, monsieur. Ce n’est jamais une partie de plaisir, vous vous en doutez. J’ai conscience de la difficulté de ce que je vous demande mais je souhaiterais que vous répondiez à mes questions concernant l’enquête qui a été ouverte, suite au décès de votre père.
-         Une enquête ? Vous pensez qu’il n’est pas mort de mort naturelle ?
-         Non, c’est le moins qu’on puisse dire. Votre père a eu le cœur arraché monsieur.
Auguste fut saisit d’une soudaine envie de vomir.
-         J’aimerais vous parler du colis que vous lui avez envoyé.
-         C’est une création. Je suis sculpteur, monsieur. Ce geste était symbolique.
-         La représentation de cette sculpture aussi ?
-         Tout à fait.
-         Vous n’êtes pas sans savoir que vous êtes dans une situation délicate, monsieur Panel. Votre père a eu le cœur arraché. Quelques jours auparavant, vous lui avez envoyé un cœur taillé dans de la pierre, accompagné d’une note qui expliquait votre œuvre. Je cite « Ainsi va ton cœur de pierre, comme dernier présent ce cœur de chair. » Vous lui indiquez formellement que c’est la dernière chose qu’il recevra de vous et que vous ne souhaitez plus le revoir.
-         Vous me croyez coupable d’avoir assassiné mon père, commissaire ? C’est ce que vous insinuez ?
-         Je ne vous trouve pas spécialement attristé par ce décès, monsieur.
-         Vous vous trompez.
-         Où étiez-vous la nuit dernière ?
-         Chez moi, dans mon atelier.
-         Il y avait-il quelqu’un avec vous ce soir là ?
-         Non.
 
          Loïc Cerbère relâcha le jeune homme, attendant les dernières conclusions du légiste. Auguste pressentait que cela n’annonçait rien de bon. De retour dans son royaume, comme victime d’une prédiction malsaine, il décida de sculpter pour le temps qui lui restait. Il donna la vie à son père au bord de la mort, partagé entre cette jouissance que lui procurait le fait de sculpter et la douleur causée par la mort du philosophe exigeant. Seul à présent. Tout seul. Et ce commissaire qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez, qui ne cherchait pas à comprendre.
          Au bout d’une semaine, l’affaire était classée. L’organe ne fut cependant pas retrouvé. Auguste n’avait pas d’alibi fiable et se sentait impuissant face à cette justice qui voulait absolument trouver un coupable. Son comportement, jugé suspect par le commissaire Loïc Cerbère et attesté par le juge lors du procès de l’affaire PANEL , lui valu l’enfermement pour une durée indéterminée.
 
            Mon histoire. Le passage de la vie à la mort raconté en seulement un quart d’heure. Cela fait sourire n’est-ce pas ? Il y a dix ans, à la même date, je parlais pour la dernière fois avec lui. Cet être qui a contribué à ma venue sur cette terre et qui m’en a exclu… comme ça, sans rien me demander.
Mon père était philosophe, il n’aimait pas ce qui était matériel. On lui a arraché l’objet qui le rendait vivant. Cela fait sourire n’est-ce pas ? Comme quoi, cela a aussi son importance. Je crois que tout m’est apparu plus clair lorsqu’il est mort. C’est peut-être à ce moment là que je l’ai compris, que j’ai su d’où venait cette haine qu’il avait envers moi. J’aimais mon père. De toute mon âme. C’est sûrement cela qui le dépassait. C’est étrange, n’est-ce pas ? On ne voulait pas reconnaître que nous avions besoin l’un de l’autre. Trop pudiques pour ça. Etrange…
-         Mes collègues et moi n’en doutons pas, Auguste.
-         Pourquoi ne me laissez-vous pas partir, docteur ? Cela fait dix ans maintenant qu’on m’enferme ici. Enfermé. Je suis enfermé de tout sens. Emprisonné dans mon esprit par des souvenirs qui s’avèrent trop douloureux, une existence ratée. Emprisonné dans votre institut, on m’empêche de vivre, de penser. Je suis une marionnette.
-         Vous n’êtes psychologiquement pas stable pour le moment. Nous ne pouvons préparer votre réinsertion.
-         Ma vie s’écoule comme les grains d’un sablier. Mes rêves m’ont abandonné, mon père est parti. Il m’a laissé là, tout seul. Je suis seul maintenant.
-         Vous n’êtes pas seul Auguste, nous sommes là.
-         Un jouet dans les mains d’un enfant, voilà ce que je suis devenu. L’asile ! L’ASILE ! UNE PRISON POUR FOU ! JE NE SUIS PAS FOU ! VOUS M’ENTENDEZ ! C’EST VOUS LES FOUS! SE SERVIR DES GENS COMME VOUS LE FAITES ! QUI POURRAIENT FAIRE CA A PART DES FOUS ! LAISSEZ-MOI SORTIR D’ICI !
-         « Appel à toute l’équipe médicale, le sujet commence à montrer des signes perceptibles d’une émergence schizophrénique imminente, demande l’administration d’un calmant à forte dose. Apportez la camisole de force, vite ! »
 
-         Une piqûre ? Vous avez…peur de…moi.
-         Ne luttez pas Auguste, vous êtes entre de bonnes mains.
-         Encore…une…illusion…
par Amélie Gaumy publié dans : Mes folies douces
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