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Mes Histoires d'Ecriture

Mercredi 23 mai 2007
Mon père. Cet homme que j’ai compris il n’y a pas si longtemps…Je ne sais pas par où commencer. Aujourd’hui il est un rêve, un souvenir dans ma mémoire, une larme qui coule sur ma joue…Papa, et dire que j’avais oublié ton visage…J’en ai presque honte. Quoi d’autre qu’un profond silence pourrait traduire le vide que tu as laissé dans mon cœur lorsque tu es parti. Et je revois encore l’appartement tel qu’il était, il sentait le froid, il sentait la Mort. Elle se moquait de moi, je pouvais l’entendre. Il a fallu paraître forte, il le faut toujours. J’ai la gorge serrée, c’est de la colère, parce que tu t’es enfui et parce que tu m’as laissée. Tu t’es rapproché de moi pour mieux t’en aller. Combien de fois j’ai rêvé que tu revenais et combien de fois je ne le voulais pas. Si tu revenais, cela voudrait dire que tôt ou tard tu devrais repartir et je n’aurais pas la force de te perdre une deuxième fois. A l’heure qu’il est tu n’es plus là. Si je suis parvenue à mettre de côté la tristesse et la solitude que cela a engendré c’est parce qu’une partie de moi t’attend toujours. J’attends désespérément de recevoir un appel, de te voir à travers la fenêtre. Parfois dans la rue, je te cherche et je crois t’apercevoir, mais je ne mets pas longtemps à reprendre mes esprits. Certaines attitudes ne m’inspirent que du dégoût. La mauvaise graine est là, il faut l’ignorer à défaut de la combattre. En parlant de graine, il y a moins d’une semaine je discutais avec quelqu’un et je me rappelle lui avoir discouru quelque chose au sujet d’un champs, d’une récolte et du gel. Toute cette métaphore pour exprimer un désarroi relationnel… 
par Amélie Gaumy publié dans : Messages nocturnes
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Vendredi 15 juin 2007

J’ai envie de sentir la terre ferme sous mes pieds. Cela fait un petit moment que je me suis exilée sur ce navire sans vraiment savoir la raison qui m’y a poussée. Mon esprit chavire…Il y a quelques temps encore, je croyais me connaître mais je me rends compte que je suis étrangère à moi-même. Mes réactions, mes sentiments…Tout me paraît si loin, un nouvel horizon à découvrir. Les questions se bousculent, j’ai la tête qui tourne, enivrée par mes incertitudes. Je ne peux m’empêcher de penser que je ne suis pas à la hauteur de tes attentes. C’est peut-être idiot, je fais certainement partie de ces gens qui ont peur du bonheur, qui prétendent que nous sommes sur Terre pour souffrir et que de cette façon, nous pouvons jouir pleinement de la vie une fois mort…Non…Pas comme ça…M’as-tu seulement regardée ? Qu’est-ce qui a bien pu te pousser à me dire « oui » ? Je ne devrais pas me poser ce genre de questions et pourtant je doute en permanence. J’ai peur. Peur que le rêve s’achève. Peur d’autres choses aussi, mais je dois me taire. Il ne faut pas que je m’entende le dire, je ne veux pas entendre. Seule devant mon écran, je te chante ma détresse, espérant que tu ne répondras pas à mon appel. Je ne veux pas de réponse, je ne veux pas savoir. Je t’ai tellement voulue, tellement espérée. J’ai toujours cru que j’étais née pour rêver. Qu’il n’y aurait qu’une chose de positif dans ma vie et que je finirais seule, aigris, car la vie m’en aurait fait voir de toutes les couleurs. Sur mon visage on aurait pu voir les décès essuyés les uns après les autres, creusant mes rides un peu plus profondément à chaque fois. Quelle vision pessimiste ! Pourquoi ? Parce qu’à seize ans je suis morte une première fois. Tu es parti, m’emportant un peu avec toi. On t’a arraché à cette vie, on m’a arraché le cœur. Je sens la colère m’envahir. Une vieille rancune qui me reste en travers de la gorge. Si seulement je savais contre qui je suis en colère. Une vie de combats, puis les années passent et on en a assez de lutter contre des fantômes. On se lasse, on finit par baisser les bras, à bout de souffle. Bien souvent, on réclame notre dernière volonté mais personne n’est là pour nous l’accorder. On attend d’être achevé. On attend que la vie nous quitte. La sadique. Elle reste là ! Elle te torture l’esprit et s’assure que tu as bien purgé ta peine avant de te libérer de ta dernière bouffée d’oxygène. Enfin, terrassé par les injustices, les coups bas, les attaques frontales, tu penses avoir trouver la paix. Mais non, mon garçon. Une fois mort, tu te relèves et la vie t’accueille une nouvelle fois. Papa, que fais-tu ce soir ? De mon côté, je pense. Je prends beaucoup de recul avec ce que je viens d’écrire et je me rends compte que cela ne m’émeut guère. J’ai la rage au ventre Papa ! On ne m’aura pas comme cela ! Que le mal me ronge de l’intérieur, je resterais muette. Je ne me plaindrais pas, j’assumerais mes choix. Personne n’entendra ce que je ne veux pas dire.

par Amélie Gaumy publié dans : Messages nocturnes
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Mardi 26 juin 2007
Qu’est-ce qu’un siècle si ce n’est que cent ans ? Et qu’est-ce que le temps si ce n’est au final, qu’une accumulation de siècles ? J’ai peur du temps, de sa forme primitive, celui qui a fait naître l’Homme et celui qui le détruira. Ne crois pas que cela soit triste, c’est seulement ce qui nous attend. Si ton histoire mérite d’être racontée, tu ne seras alors plus une femme mais un récit et tu échapperas à ce qui t’empêche d’exister réellement. Tu deviendras les pages et les mots seront ta vie, tu atteindras l’éternité par la simple pensée d’une personne qui te lit, qui projettera dans son imaginaire ce que tu as vécue.
            Chaque fois que tu regarderas par la fenêtre, tu ne pourras t’empêcher de penser aux jours où tu ne croyais plus en rien. Il pleut ce soir, cela n’a pas l’air de te surprendre. Ton esprit s’est perdu au son de cette eau qui vient abréger sa vie au contact du carreau. Mais à quoi peux-tu penser ? Je pourrais essayer de le deviner mais mes efforts seraient vains, tu me bloques le passage, je ne peux entrer. Est-ce vraiment si grave que cela ? Quoique tu puisses me dire, je sais pertinemment que lorsque l’on se perd au plus profond de soi-même, on ne peut en revenir indemne.

            Je vais t’imaginer, c’est décidé…Je vais défier le temps et te faire vivre à une époque où il n’existe pas. Chose ambitieuse mais peu m’importe, si je meurs demain mon ego n’en ressortira que plus flatté. Quel narcissisme ! Et après ? Peut-être est-ce une façon de me venger que de le faire disparaître. Je pourrais t’en parler pendant des heures, mais je ne t’écris pas pour t’ennuyer. Je sais que tu attends impatiemment ton histoire. Même si j’ai déjà commencé à la raconter, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une petite digression, un peu comme pour me justifier…De quoi ? Bonne question. C’est peut-être une manière de me convaincre indirectement que je ne suis qu’un être humain, un être mortel qui a peur de tout ce qui l’entoure. Quelqu’un de faible en fin de compte. Je trouve refuge dans les mots, mais la vie n’est pas une feuille de papier. Ce soir la tienne en sera une et j’aurais le privilège de la noircir. Je vais te faire naître de ma plume et par ce geste je t’ouvre la voie de l’immortalité.

par Amélie Gaumy publié dans : Correspondance
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