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Mes Histoires d'Ecriture

Vendredi 20 avril 2007
Du haut de ses cinq ans, Lilou dominait le monde. L’esprit vagabond et le pas ferme, elle avançait dans le jardin, ne se souciant de rien. A peine plus petite que les statues qui prônaient leur autorité sur cet espace harmonieux, elle semblait leur tenir tête. Tantôt une alliance était proclamée tantôt un défilé de puissance intellectuelle. Ca lui était égal. Lorsqu’elle se désignait vaincue, elle repartait à l’autre bout du jardin pour se recueillir vers la force sage du royaume : la Grande Dame de pierre. C’était elle qui détenait la Vérité du monde. Elle tenait un vase dans sa main gauche, Lilou ne sut jamais ce qu’il se trouvait à l’intérieur. Peut-être l’essence de l’existence, cette substance qu’on ne trouve plus sur Terre. A près tout, c’était le mystère de la Dame de pierre. Lilou aimait bien cet endroit, elle y voyait régulièrement sa mère planter des violettes.
-         Maman, qu’est ce que tu fais ?
-         Je creuse un trou pour y mettre des fleurs, ma chérie.
-         Je peux t’aider ?
Aidant sa mère à recouvrir la fleur de terre, la fillette se sentit submergée par une sensation nouvelle. Un souffle traversait son âme, la rendant ainsi vulnérable et transparente. Cela ne dura pas longtemps, mais aujourd’hui, elle s’en souvient encore. Ce souffle était intemporel et sa caresse inoubliable.
Elle regardait sa mère, longuement, avec une expression qui laissait à penser qu’elle s’interrogeait. Maman avait réponse à tout, elle savait tout faire. Elle était liée avec la Dame de pierre, forcément. Elle y songerait plus tard. Puis elle repartait jouer, à l’air libre. En ce temps révolu, elle était libre. Lilou ignorait que cet Eden, bientôt la rejetterai. C’était inconcevable. Elle ne cessait d’apprendre au sein son microcosme.
Enfant, elle était très solitaire, pas forcément par choix, cela s’imposait.
Un matin, son père apporta deux petits canetons. Il leur avait préparé une marre à l’autre bout du domaine. Lilou n’y allait pas souvent dans cette partie là, elle avait peur. C’était sa partie hantée. Elle percevait des ondes étranges et craignait les poules qui avaient élu domicile de ce côté du pavillon. Mais pour voir les volatiles, elle avait bravé sa peur. Elle décida que cette visite serait journalière, qu’elle prendrait soin d’eux jusqu’à ce qu’ils grandissent. Le lendemain, comme convenu, elle y retourna. Elle ne vit pas les canetons.
« Dame de pierre, où sont les canetons ? Tu dois le savoir, toi, tu sais tout. »
-    Maman, où sont les canetons que Papa a ramenés hier ? »
-         Ma chérie, ils sont morts, tu sais, ils étaient fragiles.
-         Mais ils sont arrivés hier !
Lilou pleura. Un sentiment de trahison la parcourait, on l’avait dupé, on ne lui avait rien dit. Elle retourna dehors, face à la statue. Elle la défia du regard, jamais elle ne s’était montrée si effrontée. Il n’était plus question de se montrer sage.
« Pourquoi avoir tué les canetons ? »
Lilou ne savait pas qu’en agissant ainsi, elle introduisait le sentiment qui bouleverserait sa vie quelques années après. Ce qu’elle ressentait, c’était de la colère. Le premier sentiment qui l’éloignait un peu plus de son Jardin. Elle ne comprenait pas comment une statue, si grande, si impressionnante, assurant la paix en ces lieux, pouvait laisser faire intervenir la Mort. En fin de compte, ce bonheur pouvait être perturbé et il ne suffisait pas de se sentir en sécurité pour y être vraiment. Elle s’isola sur la balançoire. Plus haut, encore plus haut. A chaque fois qu’elle parvenait aux cimes elle avait l’impression que d’un moment à l’autre, elle allait être projetée dans un autre monde. Le premier décors, explicite, était un grillage vert derrière lequel se trouvait des arbres. Implicitement c’était une scène de théâtre. Allumez les projecteurs, une scène de bois naturelle. Et là voilà quatre ans après. Il s’en est passé des choses. L’année qui a suivi le décès des canetons, Lilou est entrée à l’école, de ce fait, elle est également entrée dans la vie. Loin de l’herbe de l’espace paisible, elle est arrivée sur un champs de bataille. « Ici, on se bat pour survivre ». Quel prix pour avoir accès à la connaissance. L’avait-on punit pour ce jour où elle s’était levée contre la force supérieure ? Depuis, le souffle ne l’avait plus retraversé. C’est le grand départ. L’Eden n’existe plus depuis bien longtemps. Le pavillon a été vendu par adjudication, la voilà toujours sur la même balançoire à regarder ce décors qu’elle ne reverra sans doute pas. Il faut partir, laisser son âme. Une dernière fois, elle entreprend de faire le tour de la maison, puisant en chaque parcelle de terre la force qui lui faudra pour les soixante-dix années à venir. En silence, elle marche d’un pas douloureux. Elle en prend plein les yeux, regarde les champs derrière le grillage. A l’époque, c’était ici la fin du monde ou le début de l’inconnu. Elle continue, arrive dans la partie hantée. Elle se souvient. Elle se souvient de sa mère qui tirait à l’arbalète, de ses frères qui manipulaient des parpaings, de son père qui avait construit la marre…Elle s’aventure encore plus loin dans l’ombre jusqu’à ce qu’elle soit bloquée par un grillage ultime, annonçant la fin du voyage. Elle rejoint sa mère. On s’agite autour, on charge les valises dans la voiture. La porte d’entrée se ferme, Lilou se dirige vers la grande statue.
« Dire que je te prenais pour Dieu ».
par Amélie Gaumy publié dans : Les mots sucrés
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Vendredi 20 avril 2007
Tombe le brouillard, il va pleuvoir
Je venais dans l’espoir de te voir
Mais pendant que tu as refait ta vie
Pauvre mortelle, j’ai sombré dans l’oubli
 
J’ai creusé ma tombe, fouillé les catacombes
J’ai compris les conséquences de mon absence
En trouvant ma voie dans la démence.
 
La Mort a escorté jusqu’au cimetière
La victime de mes pulsions meurtrières
Emprisonnée pour ce crime immonde
Tout près de ma cellule, le tonnerre gronde.
par Amélie Gaumy publié dans : Sombre rivage
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Vendredi 20 avril 2007
Déception des lagons
Immense trou sans fond
La peur de se retrouver seule
Face à ce linceul
Et dans ces profondeurs
 
Nul doute
Le silence domine
De la surface aucun signe
Dans ce monde où tout est sombre
L’obscurité gagne l’esprit
 
Malheur à celui qui tombe
Au cœur de cet enfer
Il creusera sa tombe
Dans ce bleu cimetière
L’espoir a disparu
 
La vie n’existe plus
par Amélie Gaumy publié dans : Sombre rivage
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