Qu’est-ce qu’un siècle si ce n’est que cent ans ? Et qu’est-ce que le temps si ce n’est au final, qu’une accumulation de siècles ? J’ai peur du
temps, de sa forme primitive, celui qui a fait naître l’Homme et celui qui le détruira. Ne crois pas que cela soit triste, c’est seulement ce qui nous attend. Si ton histoire mérite d’être
racontée, tu ne seras alors plus une femme mais un récit et tu échapperas à ce qui t’empêche d’exister réellement. Tu deviendras les pages et les mots seront ta vie, tu atteindras l’éternité par
la simple pensée d’une personne qui te lit, qui projettera dans son imaginaire ce que tu as vécue.
Chaque fois que tu regarderas par la fenêtre, tu ne pourras t’empêcher de penser aux jours
où tu ne croyais plus en rien. Il pleut ce soir, cela n’a pas l’air de te surprendre. Ton esprit s’est perdu au son de cette eau qui vient abréger sa vie au contact du carreau. Mais à quoi
peux-tu penser ? Je pourrais essayer de le deviner mais mes efforts seraient vains, tu me bloques le passage, je ne peux entrer. Est-ce vraiment si grave que cela ? Quoique tu puisses
me dire, je sais pertinemment que lorsque l’on se perd au plus profond de soi-même, on ne peut en revenir indemne.
Je vais t’imaginer, c’est décidé…Je vais défier le temps et te faire
vivre à une époque où il n’existe pas. Chose ambitieuse mais peu m’importe, si je meurs demain mon ego n’en ressortira que plus flatté. Quel narcissisme ! Et après ? Peut-être est-ce
une façon de me venger que de le faire disparaître. Je pourrais t’en parler pendant des heures, mais je ne t’écris pas pour t’ennuyer. Je sais que tu attends impatiemment ton histoire. Même si
j’ai déjà commencé à la raconter, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une petite digression, un peu comme pour me justifier…De quoi ? Bonne question. C’est peut-être une manière de me
convaincre indirectement que je ne suis qu’un être humain, un être mortel qui a peur de tout ce qui l’entoure. Quelqu’un de faible en fin de compte. Je trouve refuge dans les mots, mais la vie
n’est pas une feuille de papier. Ce soir la tienne en sera une et j’aurais le privilège de la noircir. Je vais te faire naître de ma plume et par ce geste je t’ouvre la voie de
l’immortalité.
par Amélie Gaumy
publié dans :
Correspondance
2
recommander